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La longue remontée de l'Atlantique

Puerto Williams - Horta, c’était notre avant-dernière traversée, et ça a été la plus longue. On s’est laissé influencer  par les bateaux du Vendée Globe, qui, une fois le Cap Horn passé, disent tous « ça y est c’est fini, on est presque rentrés chez nous ». On y a cru, sauf qu’on ne navigue pas comme eux, bien sûr ….
Comme on a parcouru plus de 90 degrés de latitude, on a eu droit à beaucoup de changements de température , avec les habits ad hoc qui doivent suivre bien sûr, tout comme les suppressions puis remises de couette qui se sont succédées, et les douches bien agréables car chaudes à l’intérieur ou à d’autres moment agréablement fraîches car prises sur la jupe dehors.
6839 milles de trajet pour une route directe de 6400 milles.

 

 

A côté des messages journaliers, on va raconter d’autres impressions ici.

Les moments agréables, c’est probablement et heureusement ceux dont on se souviendra le plus. En voici quelques-uns.

  • Voir les petites îles proches du Brésil (ilha Martin Vaz et ilha da Trinidade), qui sont des îles désertes, situées à 650 milles de la côte quand même. On n’a pas pu passer tout près, on était à 25 milles d’elles environ, mais on les a prises en photo. C’était émouvant de voir de la terre après 20 jours de mer.
  • Réussir à remonter l’espadon de 2 mètres 10 de long à bord d’Orionde, après l’avoir épuisé (il était bien croché !). On a pu l’admirer à loisir dans le cockpit, le photographier et le déguster ensuite. Des rillettes, de l’espadon sous vide et quelques pots de conserves, on en aura bien profité. 
  • Quand on reçoit des nouvelles des uns et des autres par email, ça fait toujours très plaisir, et le plaisir est maximal quand ce sont des nouvelles des enfants et des petits-enfants bien sûr.
  • Regarder la mer qui est souvent très belle, observer les vols des poissons volants, ainsi que les vols des quelques oiseaux pélagiques (albatros dans le Sud, puis simples goélands), regarder les dauphins jouer avec l’étrave d’Orionde lorsqu’on n’était plus qu’à quelques centaines de milles des Açores.
  • Quelques beaux couchers de soleil, quelques très beaux ciels étoilés, mais on aurait presque l’impression d’être un peu blasés (!) de ça
  • Sortir d’un moment de navigation pénible (trop de vent, il fait trop chaud, ça bouge trop pour se laver...). Mais alors ce plaisir est relatif à une situation pénible qui s’arrête, et donc c’est ne qu’un plaisir de contraste….
  • Pouvoir lire tranquille plusieurs heures par jour, avec le livre papier dans la journée et avec le livre Kindle ou tablette ou i-phone pendant les quarts de nuit
  • Avoir bien réglé les voiles, et sentir notre cher Orionde qui avance à bonne allure, bien appuyé sur la mer

Les bruits sur le bateau, on y est très attentifs. Cela nous indique l’état de la mer, la force du vent, comment le bateau avance, et plein d’autres choses encore. En voici quelques exemples.
  • Le bruit de la rotule. La rotule c’est une pièce qui relie le pilote automatique à la barre du bateau. Il faut bien une transmission, sur une voiture l’équivalent ce serait le cardan. Là il s’agit d’une sphère qui bouge dans une coque en forme de boule/anneau creux, et quand cette rotule est usée il y a du jeu et cela cogne dans cette coque qui reçoit la sphère. C’est un bruit sourd, qui vient très nettement du pilote, bruit lancinant, qui devient donc très vite inquiétant, et qui augmente de plus en plus à l’usage… Heureusement on avait une rotule de rechange, et ni une ni deux c’est changé et ce bruit disparaît. Que c’est agréable !
  • La poulie du génois : avant d’être embarquée sur le gros winch l’écoute du génois passe dans deux poulies, et la deuxième qui est très proche du banc du cockpit fait un bruit d’enfer quand la tension sur l’écoute est assez forte. On ne veut pas relâcher cette tension, car sinon la voile ne « porterait » pas bien, alors la solution c’est de bloquer l’écoute par le taquet coinceur pour faire en sorte que ça ne tire pas trop sur la poulie. Pour ça faut le faire à deux et bien doser la quantité d’écoute que l’on relâche pour la bloquer dans le taquet coinceur. Quand ça marche c’est magique, plus de couinement aigu qui gêne le sommeil, super !
  • Le bruit du poisson volant qui agonise sur le pont d’Orionde. Pendant son quart, on est bien tranquille, tout d’un coup y a un flap flap flop, intense, puis ça s’arrête. On va voir dehors, rien. A nouveau le même bruit, est-ce qu’une voile est mal réglée ? est-ce quelque chose est tombé ? Non rien de tout ça. A force de chercher on observe, dans l’heure qui suit ou parfois le lendemain seulement, qu’en fait il s’agit juste d’un poisson volant qui se contorsionne pour essayer de repartir à l’eau, et quasi toutes les fois il a tout faux, il n’y arrive pas, on le retrouve le lendemain sur le passavant, bien retenu par le filet il ne risque pas de retourner à l’eau, et il finira dans notre assiette !
  • Le « Vrrvronch » du pilote automatique. Quand il y a pas mal de vent, quand il y a de la mer aussi, parfois le pilote se met à ronchonner. Un bruit comme s’il éternuait très fort. Il nous semble bien que Mr Etcheto de la Sté Lecombe et Schmitt nous en avait parlé de ce bruit, en nous disant que c’était normal, qu’il s’agissait des valves anti-retour du vérin du pilote. Mais on n’en est pas sûr. Et nous on n’aime pas ça un bruit bizarre dans le pilote, on craint toujours qu’il nous lâche et qu’on soit obligés de barrer tout le temps…. Alors on réduit un peu la voilure, histoire de voir si ce bruit se produit moins fréquemment. Pas évident. On reste donc avec ce bruit, qui ne se produit que de temps en temps seulement.
  • La drisse du genaker (ou du spi, c’est la même), elle couine aussi. C’est pas le même couinement que l’écoute. Elle couine fort mais seulement quand la voile est haute. On finit par s’y habituer un peu à ce couinement. Mais on a du mal à identifier d’où provient exactement ce bruit de couinement : de la poulie en tête de mât ? du piano ? entre les deux ? On ne sait pas bien. Et au final, eh bien on trouve que la drisse est assez abîmée à l’endroit où elle passe dans la poulie. Il faut qu’on rallonge cette drisse pour déplacer le point de frottement. Ce qu’on fera ….
  • L’hélice de l’hydro-générateur fait un petit ronronnement régulier, qu’on entend très bien quand on dort dans la cabine arrière, et qui nous permet de savoir à quelle vitesse on va. Quand le bruit s’éteint c’est qu’on fait moins de 3 nœuds de vitesse, peut-être donc c’est le moment de mettre le moteur pour compenser le manque de vent. Mais attention, ça peut ne pas durer cette panne de vent. Savoir attendre un petit peu n’est pas si mal.
  • L’éolienne on l’entend tourner, c’est normal et elle fait d’autant plus de bruit qu’il y a plus de vent. Et Yves ne supporte pas bien du tout ce bruit. Alors on se chamaille un peu, Christine veut toujours qu’il y ait l’éolienne en marche, pour faire de l’électricité (pdm), et Yves veut l’arrêter pour bien dormir. En tous cas c’est un  bon indicateur des 25 à 30 nœuds de vent, car là on dirait le bruit d’une locomotive qui entre en gare. Et dans cette situation de fort vent on est d’accord tous les deux pour l’arrêter cette éolienne, histoire qu’elle ne s’abîme pas à tourner trop vite.
  • Le bruissement de l’eau sur la coque enfin, ça ç’est un bruit agréable, ça berce, ça veut dire que le bateau avance comme il faut, c’est ce qu’on aime entendre !

Les emmerdements/pannes durant cette traversée, Yves dit toujours que sur un voilier on a un petit emmerd tous les jours, un moyen chaque semaine, et un gros tous les mois. On ne va pas faire des comptes d’apothicaire, mais voilà ci-dessous ce qui nous a donné du souci durant cette traversée.
  • Électricité de l’hydrogénérateur qui charge mal : toutes les prises ont été revisitées
  • Vit de mulet qui casse : il a fallu trouver un autre axe, le percer et tout remonter
  • Rotule du pilote qu’il faut remplacer par une nouvelle
  • Drisse du genaker/spi qu’il faut déplacer, puis remettre en haut du mat
  • Poulies de l’écoute de voile légère à changer
  • Support de l’hydrogénérateur qui se fissure : un renfort en aluminium est fabriqué


Les six périodes remarquables de cette traversée ont été les suivantes. Et l’on se demandera toujours si on a bien été suffisamment vers l’Est durant la première partie du voyage, et si on n’aurait pas dû aller plus vers l’Ouest durant la deuxième partie, histoire de prendre les anticyclones dans un meilleur sens quitte à faire des milles en plus, pour éviter les calmes et le vent dans le nez….

  • Près de 1500 milles dans les cinquantièmes et les quarantièmes rugissants. Ca aura été du vent soutenu sur une longue période, avec troisième ris et trinquette très souvent. Pendant près d’une semaine ce sera 30 nds et plus, avec un bon épisode à 35-45 nds nous obligeant à rester toute une nuit sous ½ trinquette seule, grand-voile affalée.  Mais pas de vague scélérate ni de mer très méchante pour nous inquiéter, les vis des planchers et des coffres n’ont pas eu à servir.
  • L’attente des premiers alizés aura été longue, douze jours à petite vitesse et donc petite moyenne journalière pour remonter de 40 degrés sud à 16 degrés sud. Du vent de NW, des grains, du calme – est-ce l’AC de St H? – navigation peu agréable, qui plus est quand le vent passe au NNE, pile de la direction de là où on veut aller.
  • Les alizés du SE se sont fait désirés puisqu’on ne les a rencontrés que tard, avec eux c’est le confort des vents ni trop faibles ni trop forts et bien établis en direction. Ils n’ont pas duré assez longtemps à notre goût, une semaine, on les regrette vite, mais c’était déjà ça de pris.
  • Le pot au noir : même quand on le passe dans sa petite largeur, c’est-à-dire pas mal vers l’Ouest, il est toujours trop long. A deux reprises on enfourne le matériel électronique (i-phone, tablette, ordinateur) dans la cuisinière à cause des éclairs. Mais plus de peur que de mal, pas de dégâts, tant mieux.
  • Les alizés du NE étaient au rendez-vous, ils nous ont obligés à serrer le vent de bien près, on le savait à l’avance,  mais on a eu de la chance qu’ils n’ont pas été trop forts. On a vécu bien penchés et tendus pendant plus d’une semaine, et on a été très contents les premières heures où on a pu retrouver la vie à l’horizontale.
  • L’anticyclone des Açores nous l’avons rencontré à partir de 20 degrés de latitude nord, beaucoup trop tôt. La prévision météo était très instable, le peu de vent était souvent en plein dans le nez, cela n’a donc pas constitué une période agréable de la traversée. Peut-être on en avait un peu marre aussi …. Et on avait gardé un peu de gas-oil en prévision, donc ça l’a fait pour arriver au port avant la dépression.


Les petits désagréments sont ceux que l’on peut citer parmi les points qui peuvent te gonfler alors que tu aurais besoin de choses plus douces pour ne pas te mettre en colère, c’est un petit coup de malchance en plus qui se rajoute au reste....
  • Te faire asperger d’eau marron de café sur ton pull quand tu laves la cafetière
  • Etre obligé de prendre de l’eau de mer dans un seau pour tirer la chasse car le bateau ne penche pas du bon côté
  • Ne rester que quelques heures seulement au bon cap et à la bonne vitesse
  • Réduire ou relancer de la voilure trop tôt car on n’a pas été assez patient devant un changement de force du vent
  • Te cogner en te faisant un tout petit peu mal chaque fois que tu te déplaces dans le bateau
  • Te faire engueuler par l’autre pour un rien juste parce qu’il est énervé
  • Renverser de l’eau douce à côté en remplissant la bouteille d’eau parce que le bateau gîte trop
  • Que la poubelle que tu pensais bien jeter par dessus bord arrive en totalité ou en partie sur le passavant au lieu de dans la mer



Parmi les mauvais points de cette longue traversée, on citera pêle-mêle, et sans vouloir s’y attarder : 

  • C’était plutôt un convoyage vers la maison plutôt qu'une croisière vers une destination rêvée, 
  • On était inquiet dans les cinquantièmes et quarantièmes d’une grosse dépression et/ou de se faire renverser par une vague, 
  • On n’a pas apprécié les vents contraires de 6 à 10 nds, déjà que t’es pas très content de mettre le moteur, là en plus tu te traînes à cause du vent et de la mer résiduelle, 
  • On n’a pas apprécié non plus le vent soutenu en continu qui empêche d’envisager une toilette digne de ce nom pendant plus d’une semaine, 
  • On a utilisé le mode « survie bannette » trop fréquemment, 
  • On a subi le mode de vie camping sans pouvoir faire  de vraie lessive (draps par exple), pendant plus de 7 semaines, 
  • La chaleur de plus de 30 degrés aux environs de l’équateur était pesante,  
  • On reste toujours inquiet face aux problèmes techniques qui peuvent survenir à tout moment, 
  • Et pour finir la déception, on s’attendait à mieux, on n’a pas eu de chance, finalement d’une navigation dangereuse on est passé à une navigation peu confortable, toujours dans l’attente de jours meilleurs, ….


53 mails de Méridiennes Atlantiques

54° 57'S ; 67° 36'W ; le 14 Mars 2021, Puerto Williams, dernière ; Nous partons pour 7000 milles

54° 51'S ; 63° 32'W ; 15/03, au bout du monde ; Nous sommes à l'est de l'ile des Etats, où se trouve le phare du Bout du Monde (dont une copie est à La Rochelle). Première nuit en mer avec beaucoup de vent dans le Beagle, comme d'habitude très très irrégulier. Trois ris trinquette, on avance, on n'avance pas, on avance. On avance un peu trop vite finalement et nous sommes devant le détroit de Lemaire avant la bascule du vent du NW au SW (le contraire de chez nous en Bretagne… ou au Canada). On ne va pas tirer des bords dans le canal Lemaire quand même, donc on fait le tour de l'ile des Etats. Du courant, des grosses vagues, pas très agréable mais on va vers des jours meilleurs. On navigue de conserve avec Vagalam, c'est bien agréable d'avoir des compagnons de fortune et d'infortune. Hier nous étions même quatre bateaux à partir vers l'atlantique Nord et en glissant dans le zéphyr de Puerto Williams, on a régaté (et gagné jusqu'à ce qu'on mette le moteur) avec l'Esprit d'Equipe qui a gagné une des premières courses autour du monde il y a bien longtemps. Bisdorionde

53° 25'S ; 60° 52'W ; 16/03, au sud des Falklands. Petite description du voyage pour ceux qui ne connaissent pas l'atlantique comme leur poche. On commence par une douzaine de jours dans les quarantièmes avec son lot de dépressions (on y est et jusqu'ici tout va bien). Ensuite une dizaine de jours autour de l'anticyclone de Saint Hélène avec son lot de calmes et de petites et méchantes dépressions (mais on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise). Ensuite deux petites semaines dans les alizés du sud est de l'hémispère sud (ce sera le bon pain du voyage, vent portant et stable). On continuera par le pot au noir, quelques heures ou une petite semaine de calmes et d'orages selon (ce pot au noir est plus large du côté de l'Afrique mais on est mieux positionné pour la suite, on verra, les coureurs, eux, passent près de l'amérique). Nous serons donc de retour dans l'hémisphère nord et on remontera contre les alizés du nord-est au près serré (boum boum), mettons une dizaine de jours. Puis ce sera le dernier round vers les acores, une semaine de vent variables. 12 + 10 + 14 + 5 + 10 + 7 = entre 50 et 60. Bisdorionde ;

51° 59'S ; 57° 17'W ; 17 mars, en remontant le long des Falklands ; Tout va bien, on va bien. Un peu de barbouillage persistait hier et on restait à la purée en poudre et aux nouilles chinoises mais aujourd'hui, on commence à puiser dans les vivres périssables ! Bon les centollas mayonnaise, on va attendre encore un peu mais la soupe coriandre-butternut embaume le bateau. La température dans le bateau remonte légèrement, on supporte d'enlever sa doudoune à midi. Et les cirés ne sont toujours pas mouillés ! Faut dire qu'on ne va pas dehors pour batifoler, qu'il n'a pratiquement pas plu depuis le départ, que le vent et les vagues viennent de l'arrière, que toutes les manœuvres ou presque se font depuis le cockpit et qu'on prend toujours l'option confort. On aura compris que le moral monte quand la latitude et le vent baissent même si on sait qu'on est encore loin, très loin des Alizés. Bisdorionde.

49° 52'S ; 55° 21'W ; 18 mars, J5 ; Nous sortons des cinquantièmes, une bonne chose de faite. Les Falklands sont dans le sillage. On ne les a pas vues, on était à 20 milles. On aura entendu radio Stanley, on aura vu longtemps le halo autour de Stanley (2500 habitants mais des grosses lumières donc), on aura ramassé un oiseau des Falklands mort sur le pont, on aura pris dans le gouvernail du kelp des Falklands, des dauphins des Falklands viennent de nous gratifier de sauts incroyables. Adieu donc les Falklands, la prochaine terre sera le Pico des Açores qu'on voit de très loin...mais pas encore d'ici.Bisdorionde.

48° 5'S ; 52° 56'W ; 19 mars, J6 ; Dommage, c'est la nuit qui a été étoilée et le jour couvert. On a fait 145 milles depuis hier, c'est bien. Mais il est bien trop tôt pour commencer à faire des moyennes. Les conditions de navigation ces dernières 24 heures : WNW 15-27 noeuds tout le temps. Alors deux ris - trois ris - trinquette - solent - deux ris - trois ris... et on recommence. c'est le passage du troisième ris au deuxième qui est le plus ennuyeux, il faut aller au mat larguer les lazy-jacks (des ficelles) pour que la voile ne s'y emmêle pas et on n'est jamais à l'abri d'une belle vague. Bisdorionde.

47° 16'S ; 49° 28'W ; 20 Mars, J7 ; Fort coup de vent du Nord-Ouest depuis hier aprem, heureusement qu'on en voit la fin, ce soir le vent aura faibli et tourné dans le bon sens. C'est un des plus forts qu'on ait jamais eu sur Orionde et au-delà de 40 noeuds, nous ne sommes plus dans notre zone de confort. Qu'est-ce qu'on fout là nom de nom ?! Bon, on n'est plus dans les mers du grand sud qui renversent les bateaux, le bateau est sec, il ne fait plus très froid, on avait bien anticipé avec une grand-voile ferlée et une demi-trinquette, on fait 6 noeuds à un cap acceptable , ce pourrait être pire mais non on n'aime pas ça. Vivement les tropiques ! C'était le coup de gueule du 20 mars, c'est peut-être le printemps boréal qui nous travaille. Bisdorionde.

45° 57'S ; 46° 38'W ; 21 Mars, J8 ; Une semaine de mer exactement, 1000 milles derrière, 6000 milles devant. Un vent qui nous pousse dans le dos, le grand plaisir ! Grand-voile à 1 ris et foc tangonné (la réparation fonctionne bien) et en plus suffisamment fort mais point trop, on a l'impression de revivre. Depuis hier il y a une floppée d'oiseaux, des pétrels, qui nous suivent et tourbillonnent autour du bateau. Probable qu'ils nous prennent pour un bateau de pêche, et qu'ils attendent des bons déchets. Mais nous ce matin on a juste jeté quelques poires et citrons abimés à la mer, et ça ne les a pas intéressés. Clin d'oeil à ceux qui connaissent nos habitudes alimentaires, hier soir chao men réussi, et ce midi c'est robalo (bar) de Patagonie aux patates sautées . Et vous nous manquez chers équipiers exceptionnels, tous autant que vous êtes. Bisdorionde.

44° 28'S ; 43° 46'W ; 22 Mars, J9 ; Toujours vent arrière, toujours 20 à 25 noeuds, GV 2 ris, solent entier tangonné, toujours prêts. Sentez-vous la bonne odeur des centollas revenues dans du beurre et de l'ail qu'on va amoureusement mélanger à nos pâtes à midi ? La vie est belle, la mer aussi même si encore forte. Nous changeons de zone de navigation, finies ou presque les grosses dépressions des quarantièmes, à nous les bulles anticycloniques sans vent qui errent par ici et les petites, trapues et méchantes dépressions qui les entourent. Pour le moment, on nous promet juste du calme pour après-demain. Ce serait pas de refus que de faire marcher le moteur et d'en profiter pour prendre une douche (enfin pour la moitié d'entre nous au moins). Bisdorionde.

42° 49'S ; 41° 25'W ; 23 Mars, J10 ; L'anticyclone, on y est en plein. Il y a encore du vent, de travers, donc on avance bien, donc pas de moteur, donc pas d'eau chaude, donc pas de d... Rien d'intéressant à raconter, à part un déjeuner en terrasse (ça faisait longtemps que ça ne nous était pas arrivé !), on ne va pas se forcer à blablater. Bisdorionde.

40° 47'S ; 39° 56'W ; 24 Mars, J11 ; Moteur !! Nous voilà au coeur de la bulle anticyclonique, le vent est tombé cette nuit et on a mis le moteur. Quelle idée de mettre le moteur sur un bateau à voiles quand il reste plus de 5000 milles à parcourir. Oui, mais quand on se traine à 3 nœuds ou moins avec 5 nœuds de vent ou moins, l'éolienne et l'hydrogénérateur ne donnent plus de jus et les panneaux solaires n'arrivent pas à étaler les trois grands consommateurs d'électricité du bord que sont le pilote automatique, l'électronique et le frigo et on ne va pas barrer quand même ni arrêter d'envoyer des mails. Oui, mais quand on n'a pas pris de douche depuis 15 jours, la chaleur du moteur chauffe l'eau du ballon et quel plaisir de se rendre propres surtout qu'on n'est plus en Antarctique et que la transpiration a repris du poil de la bête (au sens sale !). Oui, mais absence de vent ne veut pas dire absence de houle et celle qui reste fait claquer les voiles et ça les abime et ça empêche de dormir sereinement. Oui, mais on voit sur les fichiers météo qu'une dépression assez costaud va se former du côté de Buenos Aires et arriver dans le coin d'ici quelques jours et si on pouvait être plus au nord et l'éviter ce serait pas mal. Bon, cette après-midi on va quand même aller regréer le bout-dehors sur lequel se fixe le genaker. Bisdorionde.

38° 44'S ; 37° 51'W ; 25 Mars, J12 ; Moteur toujours !! Mais on va remettre les voiles cette après-midi, on sera au près serré serré, pas sûr que le genaker fasse affaire. Et on a franchi durant la nuit le 40 ème parallèle sud, c'est encourageant. Grand beau temps encore, avec des températures estivales, on est à la plage comme disent nos compagnons du voilier Vagalam 150 milles devant nous. On profite bien de cette douceur, on commence à enlever les double-vitrages, à ranger les doudounes au fond d'un placard, et il va bientôt falloir remettre le beurre au frigidaire... Encore des vols d'albatros, aussi jolis à voir par grand vent que par petit temps, il y a des parents et des plus jeunes, à ce qu'on suppose. Et puis des oiseaux un peu genre des mouettes qui viennent se poser sur l'eau juste à côté du bateau et qui plongent la tête sous l'eau comme s'ils voulaient voir l'état de notre coque ou chercher des petits coquillages qui s'en détacheraient. Bisdorionde.

37° 9'S ; 36° 25'W ; 26 Mars, J13 ; On se croirait sur le lac Leman sauf qu'on en voit pas bien les bords... La bulle anticyclonique se déplace lentement (nous aussi) vers le NE (nous aussi). Donc encore un ou deux jours de vent faible mais qui permet de faire le bon cap, genaker en l'air. Les dépressions qui allaient croiser notre route semblent avoir fait pschittt !!  Rien à voir avec ce qui précède. Grâce à Denis le suisse, le guide, le jardinier, le bon samaritain de Puerto Williams, on lit LE livre sur la Terre de Feu, c'est "Aux confins de la terre" écrit par le fils d'un missionnaire/éleveur anglican plutôt progressiste qui y a vécu fin XIXe. En ce temps-là les goélettes mettaient, quand tout allait bien, trois mois pour venir d'Angleterre aux Falklands, dix jours de plus pour rejoindre le Beagle et encore trois jours pour remonter jusqu'à Ushuaïa... Autre temps, autres voyages... Bisdorionde.

35° 31'S ; 34° 39'W ; 27 Mars, J14 ; Elle avait fait pschittt mais il restait de l'eau et du gaz dans la courte dépression qui nous a bien empêché de dormir cette nuit, et le calme houleux qui s'en suit nous a gaché le petit déjeuner. On s'étonne toujours de notre manque de patience à tous les deux devant la petite adversité des éléments qui ne veulent pas nous donner tous les jours quinze noeuds ensoleillés sur les fesses. Mais Orionde va bien, il est toujours étanche (on l'a vu cette nuit où il a joué au sous-marin), les moteurs éolien et diésel sont en pleine forme et il y a à bord bière et pinard à foison. What else? Bisdorionde.

33° 19'S ; 33° 47'W ; 28 Mars, J15 ; Ca y est on a eu droit à notre gros/moyen emmerd à bord: l'axe du vit-de-mulet (une pièce articulée dans tous les sens qui relie la bôme au mat) a cassé, retrouvé sur le pont par Yves hier en début d'aprem. Sans GV un voilier ne va pas bien loin ... même s'il y a des contr'exemples parmi nos bons amis. Une fois la bôme+GV mises à plat sur le pont, la réparation n'a pas été si difficile, par contre ça a été une autre paire de manche, travail d'équilibriste, que de remettre la bôme sur ses axes par une mer toujours agitée. Mais on y est arrivés. Chose faite, on pousse un ouf ! En plus des heures d'inquiétude pour Christine, Yves s'en sort avec un certain mal de dos. Nuit plutôt calme, agréable malgré une pluie persistante. Aujourd'hui on ne déjeune pas en terrasse, trop d'embruns/vagues atteignent le cockpit. Bisdorionde.

30° 58'S ; 33° 28'W ; 29 Mars, J16 ; Ca y est, on voit les alizés du Sud-Est.... mais loin loin loin sur les fichiers météos. Il reste 800 milles a faire dans des vents changeants et plutôt forts qui ne nous sont globalement pas favorables. Si on pouvait appuyer sur un bouton pour se téléporter sur le 20ème parallèle, on le ferait avec plaisir. Sinon les nouvelles du bord, c'est que le pain de Puerto Williams moisit à qui mieux mieux et il va falloir se mettre à pétrir. Il avait tenu un mois en Antarctique, mais seulement 15 jours ici.Bisdorionde.

29° 19'S ; 33° 36'W ; 30 Mars, J17 ; A nouveau une possibilité de douche, qu'on ne laisse pas échapper ! Grand plaisir, et ce matin de bonne heure le temps de quelques menus bricolages, et gestion des denrées périssables. Vent pas très favorable maintenant, tant pis, on va un peu trop dans l'Est, ça nous laissera peut-être un angle plus favorable pour les alizés du SE.... Mais on a passé le 30 ème parallèle, on est contents, et ça c'est encourageant, tout comme un premier poisson volant sur le pont. Toujours contents aussi d'avoir encore le solent (superbe forme) au lieu du génois. Croisé plusieurs bateaux, cette nuit un de la marine nationale brésilienne et un du service hydrographique brésilien, et ce matin deux cargos allant d'Est en Ouest.  Bisdorionde.

27° 35'S ; 32° 20'W ; 31 Mars, J18 ; Pas de météo ni d'avarie ni d'état d'âme aujourd'hui, juste un petit topo sur les iles perdues au milieu de l'Atlantique sud, dont on ne verra probablement aucune. D'abord il y a Saint Hèlène, étape obligatoire pour ceux qui finissent leur tour du monde par l'étape CapeTown-Antilles. En ce moment on navigue dans sa direction mais elle est loin, 1600 milles, on ne va quand même pas aller se recueillir la-bas. Il y a Ascension, anglaise aussi, un peu plus au nord qui serait sur notre route mais qui n'a pas beaucoup d'intérêt, sa principale raison d'être depuis un million d'années a été de servir de base de ravitaillement aux anglais pendant la guerre des malouines. Loin dans le sud, il y a Tristan da Cunha que ceux de notre génération connaissent par le livre les bienheureux de la désolation, pas sûr que la petite communauté de une ou deux centaines d'habitants aient été ravis de nous voir en ces temps tourmentés. Encore un peu plus sud il y a l'ile Gough (pardon, ça m'a échappé) qu'on aurait du voir il y a 40 ans quand on faisait Géorgie-Capetown, mais une brume sur l'horizon pendant plusieurs jours nous avait empêché de la trouver. Et enfin il y a Ilha da Trinidade, brésilienne, elle aussi à plus de 1000 km d'un continent. C'aurait été chouette de la longer, Moitessier disait qu'elle était magnifique. Elle est à 400 milles dans notre NNE, c'est faisable mais c'est pas sûr que le vent nous laisse le choix, on verra on verra. Bisdorionde.

26° 4'S ; 31° 4'W ; 1er Avril, J20 ; Whaoo, on est encore contre 20 noeuds de vent du NNW mais on avance droit vers les Açores à 9 noeuds toutes voiles dehors. Et on vient de pêcher un espadon de 35 kg, Il nous a percé un jerrycan de fuel et du coup, on l'a rejeté à l'eau (l'espadon, pas le bidon), tant pis. A demain. Bisdorionde.

24° 10'S ; 29° 55'W ; 2 Avril, J20 ; Morose l'ambiance en France après les annonces confinatoires. Morose l'ambiance sur Orionde après les prévisions météo contrariantes. Bon Sarah nous racontait que Clarisse Cremer avait eu un bon coup de mou dans cette remontée qui n'en finit pas vers les Alizés de l'atlantique sud, alors pourquoi pas nous. Les journées vraiment sereines depuis le départ se comptent sur les doigts d'une patte de vache. Encore quatre jours au moins de près serré avec vents giratoires, pluies diluviennes, calmes, rien de bien dangereux ni de bien difficile, on ne demande surtout pas qu'on nous plaigne mais on s'épanche un peu. Par contre on plaint vraiment ceux qui vont télétravailler sur un coin de table avec des jeunes enfants dans les pattes. Sinon dans le message du premier avril hier, pour que ce soit plus clair, on aurait du parler d'un espadon de 70kg et d'une vitesse de croisière de 25 noeuds ou le contraire. Bisdorionde.

22° 25'S ; 28° 56'W ; 3 Avril, J21 ; Quel changement par rapport à hier, beau temps, mer assagie, vent 12 noeuds. On dirait presque qu'on est sous les tropiques, quelle coïncidence, on a franchi la ligne cette nuit. Mais rien n'est parfait : - La vitesse n'est pas encore au rendez-vous, 118 milles en 24 heures. - Le vent est toujours un peu trop nord-ouest, cap 25 en moyenne, on ne verra pas Trinidade. - Mes leurres n'intéressent personne sous l'eau. Bon grand week-end de liberté et que le gigot soit tendre ! Bisdorionde.

20° 32'S ; 28° 33'W ; 4 Avril, J22 ; On est dans la bulle de calme, ça y est, moteur depuis tôt ce matin. Là on a l'île Martin Vaz (BR) par le travers, à 18 milles seulement, mais comme on est "pdm" et notamment pour le fuel, on va pas faire un détour pour aller contempler ces petits cailloux au milieu de nulle part, où il n'y aura même pas une tomate ou une salade verte à ramasser... Mer sans une ride, juste de la houle encore (presque deux mètres), hier après-midi on avait vu plusieurs petits oiseaux blancs, quelques-uns noirs, mais aujourd'hui aucun, alors qu'on est nettement plus près des îles. Au fait le capricorne (tropique que l'on a passé hier), en astrologie c'est un animal à tête de bouc et queue de poisson, mais en vrai c'est juste un insecte qui ressemble à un petit scarabée et dont les cornes sont plus longues que le corps. C'est aussi une constellation d'étoiles que l'on peut admirer dans le ciel, avec soi-disant la forme d'une chèvre poisson (pour ceux qui ont de bons yeux), merci Kiwix. Bisdorionde.

18° 48'S ; 28° 11'W ; 5 Avril, J23 ; petite avancée vers le nord dans ces dernières 24 heures, un tiers au moteur à 4.5 noeuds contre la houle des grains, un tiers justement à choper les vents tournants des grains et un tiers sous genaker et soleil à 3 noeuds et 45° du cap. Mais avancée quand même. Bisdorionde.

17° 10'S ; 27° 59'W ; 6 Avril, J24 ; doucement mais sûrement on progresse vers le Nord. Les alizés c'est peut-être pour demain... on espère, et on nous le prédit ... Depuis une heure c'est moteur sur une mer d'huile, alors que durant la nuit on a tiré le meilleur parti possible de la moindre brise. On pense aussi à vous, les confinés du troisième round, et surtout à nos petits-enfants qui doivent bien s'adapter à cette nouvelle situation. On va bien finir par avoir le dessus contre ce fichu virus et ce fichu anticyclone ! Bisdorionde.

15° 14'S ; 28° 8'W ; 6 Avril, 25ème méridienne atlantique ; Voilà, on a commencé les quarts de nuit au moteur, en milieu de nuit on a remis les voiles à vitesse minimale, et ce matin lever de soleil alizéen, enfin les vents d'Est, cap au nord !! On était contrarié ces derniers jours d'avoir autant de calmes et surtout de toute petite brise du nord. Au près dans les petits airs, notre solent (petit foc), qui était si adapté à la navigation dans les canaux de Patagonie et en Antarctique ne suffit pas et il faudrait le génois (grand foc) sauf que le changement en mer est difficile d'autant plus que les rails de guidage le long de l'étai ont l'air un poil désaxés et qu'on ne se voit pas monter au mat pour décoincer le solent descendant ou le génois montant. On était contrarié parce qu'on tapait plus que prévu dans la réserve de gasoil qui doit encore nous faire avancer dans le pot au noir et dans l'éventuel anticyclone des Açores. On a même caressé l'idée de faire un stop à Jacaré, la marina au coin est du Brésil où l'on était arrivé avec Philippe en 2015. Pour fêter ce changement de système météo tant attendu, au menu curry de boeuf à defaut de curry de poisson. Nos copains de Vagalam, grands pêcheurs, n'ont pas fait de moteur et sont maintenant derrière mais avec leurs trois mètres de plus ils vont vite nous rattraper et on espère bien qu'ils nous donneront du poisson en passant. Nos copains de l'Esprit d'Equipe et de Madrone ont pris une option beaucoup plus près des côtes brésiliennes et s'en tirent nettement mieux question direction et force du vent, mais on n'est pas en course hein ! Bisdorionde.

13° 7'S ; 28° 20'W ; 8 Avril, 26ème méridienne atlantique ; Nous sommes aujourd'hui à mi-parcours, on fête la Saint Michemin, comme dirait Yovo. Puerto Williams est à 3120 milles derrière en ligne directe (3350 au compteur), Horta est à 3100 milles plein nord. Pas sûr que la seconde moitié soit aussi directe que la première mais on verra bien. On avance bien dans nos zalizez, vent de travers à 6 noeuds, qui sont un poil moins sud et un poil moins confortables que ce qu'on espérait. La barbe de Yves pousse et elle ne gêne personne. Ce sera probablement une barbe de confinement comme Raymond, un petit selfie et basta. Par contre on a bien peur que la barbe d'Orionde pousse également et celle-là elle va gêner un peu la vitesse, pas sûr qu'on se lance dans un grattage de coque dans le pot au noir. Le dernier carénage, c'était en Janvier 2019 en Nouvelle-Zélande, deux ans déjà. Mais la coque a été nettoyée par des plongeurs à Puerto Williams et c'est pas les eaux antarctiques qui l'ont ensuite salie. Bisdorionde.

10° 50'S ; 27° 49'W ; 9 Avril, 27ème apéro préprandial (pastis léger aujourd'hui) ; Journée magnifique d'alizé, 15 noeuds de vent sur la hanche, soleil sur le chapeau, 140 milles depuis hier midi. Et surtout un espadon au bout de la ligne à 11 heures, un vrai cette fois et pour tout dire notre premier espadon sur Orionde. On a appliqué la technique Morgane, à savoir le laisser se fatiguer une demi-heure à ras de la jupe et le remonter épuisé (en l'ayant aussi tiré au fusil sous-marin pour faire bonne mesure). Bon c'est pas très sympa pour lui mais c'aurait vraiment pas été sympa pour nous qu'il reparte à l'eau. Belle bête, presque aussi grosse que notre poisson d'avril, 210 cm du rostre au bout de la queue, au moins 25 kg mais Yves n'arrivait pas à monter le peson plus haut et il (l'espadon, pas Yves) touchait encore un peu le fond du cockpit. Deux bonnes heures de travail pour le rentrer en menus morceaux dans le bateau et nettoyer le cockpit. Heureusement l'espadon est moins vascularisé que le thon mais il y en avait quand même partout. Les alizés du NE au près dans une semaine se chargeront de redonner un coup de propre au passavant et à la jupe. Cette après-midi, après la sieste, atelier mise sous vide, atelier rillettes, atelier conserves. Bisdorionde.

8° 32'S ; 27° 37'W ; 10 Avril, 28ème stress de la feuille blanche ; Les alizés, toujours. Tout le monde sait que à l'équateur il fait chaud et que l'air chaud monte et que des masses d'air un poil plus fraiches viennent du nord ou du sud vers cet équateur et que la terre tournant dans un certain sens, ces vents sont déviés itou et que cela donne donc des vents plutôt constants en force et en direction entre E et SE dans l'hémisphère sud, entre E ret NE dans l'hémisphère nord. Donc la navigation est simple, on règle une bonne fois pour toute les voiles et le pilote et après on regarde le soleil, les petits cumulus pommelés et un grain de loin en loin. Cet alizé, on peut l'avoir sur la fesse comme la traversée Cap Vert -Antilles, alors c'est royal, voiles en ciseaux, Orionde dérive relevée est super stable, on peut même poser son verre sur la table. On peut l'avoir sur la hanche, comme maintenant. Ca bouge beaucoup, la douche sur la jupe est trop acrobatique, on reste dans le cockpit mais vent et vagues viennent zencore de l'arrière on peut laisser les capots ouverts, risque faible mais pas nul, hier on a pris un peu trop de risque et un paquet de mer sur la couchette avant. On peut l'avoir sur l'épaule comme notre voisin l'Esprit d'Equipe qui était plus près de l'Amérique et doit s'en éloigner pour passer le pot au noir et qui se fait arroser copieusement. On peut l'avoir sur le front comme ce sera notre lot après l'équateur et là c'est pas la joie, on est au près, le bateau tape et mouille, on n'avance guère, il fait une chaleur à crever, il y a toujours un hublot qui fuit, mais, je cite, "à vivre les évènements douloureux à l'avance, on les subit deux fois", dont acte. Bisdorionde.

6° 17'S ; 27° 23'W ; 11 Avril, J29, longueur battue ; 4 semaines de mer, déjà un peu plus que Panama-Pitcairn et Gambier-Puerto Montt. Et les projections pessimistes (voir J2 ... ou pas) nous disent que ce n'est que la mi-temps même si la mi-chemin est passée depuis quelque temps (voir J26 ou pas). On a mis le genaker ce matin dans l'alizé faiblissant et ça redépote à plus de sept noeuds de temps en temps. Faut dire que ses 72m² nous tirent mieux que les 30m² du solent et nous tirent mieux que les 45 m² du génois qui ne sortira pas de la soute à voiles (voir J25 ou pas). Les prévisions sont plutôt bonnes pour les jours à venir, il semble que le pot au noir (la ZIC pour les intimes) soit peu actif en ce moment et si ça se trouve on en aura les grains mais pas les calmes (voir J32 ou pas). En attendant, l'espadon, c'est vraiment bon (voir J27 ou pas) ! Bisdorionde.

3° 51'S ; 27° 38'W ; 12 Avril, N29 et J30 ; Signe du retour au bercail, cette nuit on a vu pour la première fois l'étoile polaire qui émergeait de l'horizon quand même un peu embrumé devant l'étrave. Ouf ! on est dans la bonne direction. Et cette N29 se prêtait bien à regarder les étoiles, ciel dégagé, pas de lune, température idéale dans le cockpit et pas d'embruns. Donc devant l'étoile polaire et derrière la croix du Sud, bien plus belle avec sa queue de cerf-volant qui ne lui appartient pas. Et puis on a pu refaire l'inventaire de notre bestiaire favori. Le grand scorpion qui fait tellement peur à Orion qu'il se couche, le lion au zénith, le grand chien dont une patte pointe vers Canopus et l'autre vers la croix du Sud, et puis nos deux petits préférés, moins glamours mais plus mystérieux, le dauphin entre le cygne et l'aigle et le corbeau, à côté de la vierge, qui essaye de faire croire qu'il est lui aussi une sorte de croix du Sud. 150 milles parcourus aujourd'hui, pourvu que ça dure. Bisdorionde.

1° 54'S ; 27° 49'W ; 13 Avril, J31 ; He oui, le vent est tombé cette nuit, finies les cavalcades à 8 noeuds, nous voilà dans les calmes zéquatoriaux... et ça va durer 3 degrés, près de 200 milles. Mais au travers sur mer plate avec le fameux genaker dont on a souvent parlé, on arrive à avancer à 5-5,5 noeuds de vitesse quand il y a 8-9 noeuds de vent, à 4-4,5 quand il y a 7-8 noeuds, à 3,5 quand c'est 6-7, à 3 quand c'est 5 noeuds de vent. Et on a eu toute la nuit pour faire le graphique ! Et pourvu que cela ne descende pas en dessous de 5 ! Et bisdorionde.

0° 17'S ; 27° 47'W ; 14 Avril, J32 ; Après un mois de mer, que nous reste-t-il de frais à bord à part l’espadon et nos âmes d’enfants ? Plus grand chose mais quand même... Quelques citrons réservés à la citronnade. Quelques carottes et un demi-chou réservés au coleslaw et au chaomen (des plats bien de chez nous, hein !). Des butternuts à faire en soupe ou en purée. Des patates et des oignons à profusion. Une douzaine de pommes vertes. Légumes et fruits donc sur lesquels la fourmi du bord a la haute main. Mais il n’y a plus de gâteaux secs à cause de la cigale du bord. Il reste bien sûr quelques tonnes de féculents, quelques centaines de boîtes de conserve, une bouteille de pastis, plein de pinard et de rhum et des graines de courge pour au moins 36 apéros. On devrait pouvoir tenir le choc de l’hémisphère nord. En attendant, sous genaker la nuit, sous spi le jour, on s’approche, à petits pas, mine de rien, sans faire de vagues, de l’équateur. Bisdorionde.

1° 29'N ; 27° 38'W ; 15 Avril, Dites 33 ; Un fou, de Bassan ou d’ailleurs, nous a tourné autour une bonne partie de la matinée. Ce n’est pas nous qui l’intéressions mais les poissons volants s’enfuyant devant l’étrave d’Orionde qui avançait à plus de 6 noeuds dans l’alizé temporairement reviendu. Alors le fou, à l’affût au-dessus du mat, repère sa proie qui part au planning, plonge à ras des vagues, vire sur l’aile, ajuste ses paramètres d’interception d’exocet (ndlr: l’exocet est le nom du poisson volant avant d’être celui d'un missile franchouillard), accélère, ouvre le bec et hop ! ... Ben non, ça ne marche pas à tous les coups, ça marche même rarement, on n’a même homologué qu’une seule prise. Questions taraudantes : est-ce que ça l’énerve aussi, le fou, quand les éléments ne lui sont pas favorables ? Est-il plus ou moins heureux que nous ? Est-il vacciné pour voyager ainsi ? Sinon cela n'aura échappé à personne, nous sommes depuis hier 17h30 de nouveau la tête en haut, les pieds en bas et ce n’est plus l’automne, c’est le printemps ! Les trois bateaux partis ensemble de Puerto Williams il y a un mois, ont passé l’équateur dans un moucoir de poche à quelques heures et milles d’intervalle, ça ne vous rappelle pas un certain Vendée Globe... toutes proportions gardées ! Bisdorionde.

3° 17'N ; 27° 52'W ; 16 Avril, J34 ; Si on regarde le petit trait de la route d’Orionde sur la carte google, on voit que nous sommes déjà passés ici le 12 novembre 2015, c’était avec Philippe, en route pour le Brésil. Nous terminons, à défaut de tour du monde, un tour de l’Amérique du sud, avec quelques écarts de route à Cuba, en Nouvelle Zélande et en Antarctique ! C’est un tour comme un autre, hein !? Avec Shieldaig on avait fait le tour de l’Afrique avec des écarts à Buenos Aires, en Géorgie et à Sri Lanka. Les prochains tour prévus sont le tour des copains puis le tour des bistrots et le tour du Chazay. En attendant, nous sommes en plein pot au noir, avec des gros grains (on se douche), des gros éclairs (on met téléphones et iridium dans le four) mais pas de gros vent (on alterne genaker et solent comme jamais). Demain soir on devrait en être sorti et commencer l'escalade des alizés du NE, mais ce sera le sujet demain. Bisdorionde.

4° 49'N ; 28° 41'W ; 17 Avril, J35 ; La bonne nouvelle du jour c'est que nous sommes sortis du pot au noir non sans avoir encore tapé une demi-nuit dans la réserve de gasoil qui diminue drôlement, il ne restera pas grand-chose pour l'anticyclone des Açores. Nous voici donc dans un alizé débutant qui vient nettement plus du Nord que de l'Est. Du coup, cap au 320. Finalement, changement de programme, nous n'allons plus aux Açores mais au Canada. La mer est pleine de sargasses qui nous piquent au passage quelques dixièmes de noeud comme si on en avait trop. Bisdorionde.

6° 30'N ; 29° 53'W ; 18 Avril, 36eme quarts de nuit ; Pendant les quarts de nuit, on lit, on regarde les étoiles, on veille, on dort, on joue avec des chiffres ou des lettres et puis on réfléchit au contenu du mail quotidien. Cette nuit et au petit déjeuner, l’alizé était bien fort et bien nord. Le message concocté commençait donc par : « Nous voila dans du vent fort et nord, comme prévu mais pas comme souhaité. L’adage (deux fois la route, trois fois le temps, quatre fois la rogne) est bien adapté. Tout mouvement requiert une réflexion approfondie pour arriver à bon port, tremper sa tartine dans sa tasse relève du jonglage, aller aux toilettes est une expédition. » Oui mais à 10h pouf le vent s’est calmé, a tourné un peu vers l’est, et on a même remis le genaker juste après le déjeuner. Comme quoi, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise et le message entre guillemets est celui de demain ou après-demain. Bisdorionde.

8° 25'N ; 30° 53'W ; 19 Avril, 37e repas de midi ; Qu’est qu’on mange aujourd’hui? On se pose en mer les mêmes questions qu’à terre : a-t-on des invités ? Est-ce jour de marché ? Qu’a-t-on mangé hier ? Qu’ai-je dans les placards ? Avec quelques variantes : la cuisine est-elle praticable sans danger ? Peut-on ouvrir les capots pour aérer sans se noyer ? Nos estomacs sont-ils bien accrochés ? Aujourd’hui ce sera rillettes d’espadon et riz à la bolognaise, conserve élaborée il y a 18 mois au club nautique de Puerto Montt, collector !! Quant à l’alizé, il est plutôt compréhensif aujourd’hui et nous emmène à 5,5 noeuds en reconnaissance pour Jean-Loup vers le lointain passage du Nord-Ouest sans que cela change notre destination, Horta, à 1807,93 milles au Nord. Bisdorionde.

10° 30'N ; 31° 44'W ; 20 Avril, barbe de 38 jours ; Nous vivons dans un monde penché. 10 ou 15 degrés de gite, ça n'a l'air de rien mais tu perds tous tes repères. Mais c'est moins pire que ce à quoi on s'attendait. L'alizé reste en deça de 20 noeuds, il n'y a pas de rafales désobligeantes, la mer n'est pas trop formée quoique maintenant les capots sont fermés 24/24, le solent est parfait avec ce vent, nous faisons cap au 330 presque sans nous plaindre. Quoique... Nos amis L'esprit d'équipe et Vagalam caracolent loin devant, ils nous ont déjà mis une journée dans la vue depuis la fin du pot au noir. C'est normal, ils sont plus grands, mais quand même on jalouse un peu. Nous vivons dans un monde tendu, les voiles et les écoutes sont tendues à bloc, le pilote automatique est tendu tendu pour maintenir le bateau sur son cap, la coque tendue tape dans les vagues, on est physiquement tendu pour rester debout dès que l'on quitte la couchette, on est mentalement tendu par la crainte que quelque chose d'hypertendu ne casse. Mais Orionde est un bon et solide bateau... hein monsieur Coué ! Bisdorionde.

12° 35'N ; 32° 34'W ; 21 Avril, 39 fois 130 milles ; On a fait 5000 milles avec les zigzags depuis Puerto Williams...C’est pas qu’on s’ennuie vraiment mais un peu quand même. Faut dire que en ce moment, certaines activités sont au point mort. L’activité « navigation » par exemple, car on n’a pas touché aux voiles (ni réglage, ni changement) depuis trois jours et on rappelle que heureusement il n’y a pas d’activité « barre » sur Orionde. L’activité « bricolage » n’est pas compatible avec les mouvements hachés et la gite du bateau. L’activité « pêche » est impossible avec toutes les sargasses qui accrocheraient les hameçons (mais que font-elles là, on n’est pas dans le triangle des Bermudes). Heureusement il reste entre autres l’activité « nettoyer le pont des poissons volants qui s’y sont crashés la nuit », l’activité « lire et écrire des mails aux familles/copains/voisins », l’activité « prendre l'apéro avec perroquet pour l'un et vin rouge pour l'autre » et l’activité « siestesss », d’ailleurs c’est l’heure. Bisdorionde.

14° 41'N ; 33° 12'W ; 22 Avril, J40 ; Chez vous, pas la peine de vous scotcher devant un écran, voici ce qui va être dit : "Mes chers compatriotes... En Avril, de chez toi ne t'éloignes pas d'un fil, en Mai, va, cours, vole, pédale, danse, navigue où et comme il te plait". Chez nous, pas la peine de se scotcher devzant un fichier météo, voici le résumé : "Cher voilier en route depuis longtemps vers les Açores... Jusqu'au 26 Avril, l'alizé ne te laissera pas tranquille, vers le 10 mai les hortensias à Horta tu pourras contempler". Autre curiosité, pour la première fois aujourd'hui le soleil a culminé au Sud alors que hier encore, il passait au nord. Vite relisons ce qui se dit sur l'équateur céleste, les tropiques, la déclinaison du soleil. Mais le résultat est bien là, la capote n'abrite plus bien du soleil. Bisdorionde.

16° 50'N ; 33° 39'W ; 23 Avril, J41 ; La mer est toujours belle, et les alizés encore avec nous pour deux jours. Hier après-midi, on a vu un oiseau, probablement venu du Cap Vert (à 500 milles dans notre Est). Plein de poissons volants se sont échoués sur le pont d'Orionde durant la nuit, on les a remis à l'eau, certains (mais peu) vivants, d'autres pas. Demain on s'est dit qu'on les garderait pour notre cuisine, car malgré la disparition des sargasses (une bonne chose) la pêche ne donne pas. Donc à midi c'était purée de patates/butternut avec de la charcuterie, dont un reste de jambon cru acheté pour Noël dernier aux Adrets ...Bravo la conservation! Bisdorionde.

19° 7'N ; 33° 51'W ; 24 Avril, J42 ; (https://maps.google.com?entry=gps&q=19.12,-33.85) Le premier mai, la municipalité d'Horta offre à tous les iliens et tous les visiteurs une orgie de sardines grillées. Nous y étions avec Philippe et Henri sur Optimist en 2014. On en a encore l'eau à la bouche et le fumet aux narines. Il faut se faire une raison, cette fois-ci, nous n'arriverons pas à Horta pour le premier Mai. C'était envisageable au départ de Puerto Williams, mais il aurait fallu une conjonction rare de planètes et de vents qui n'a pas eu lieu. Hé bien, faute de sardines, on s'est fait griller à midi quelques poissons volants qui sont un ersatz très convenable. Nous en sommes à notre huitème jour de près serré serré serré mais nous n'avons jamais été aussi près près près de la fin. Bisdorionde.

21° 20'N ; 34° 11'W ; 25 Avril, J43 = 1 + 6 * 7 = fin de la sixième semaine ; On en termine donc avec les alizés, c'est même la dernière fois que ce joli mot apparaîtra dans nos mails quotidiens. C'est une page qui se tourne, la probabilité pour que Orionde les renaviguent avec nous, au sud ou au nord de l'équateur, en Atlantique ou dans le Pacifique, dans un sens ou dans l'autre, est très très faible. Cette fois-ci, il (Orionde) aura bien escaladé la montagne, mieux que ce qu'ils (Christine eet Yves) pensaient au départ (meilleure vitesse, meilleur cap) et il (l'alizé) est resté raisonable, toujours en deça de 20 noeuds. Et rien n'a cassé dans ce long bord de près de 1000 milles. Il reste encore un peu de vent d'ENE pour les 36 prochaines heures, mais ce ne sont plus vraiment des alizés, ce sont les contreforts de l'anticyclone des Açores. Ces Açores sont encore (ou seulement !?) à mille milles et quelques et on ne sait pas encore bien à quelle sauce on va être mangés, les modèles météo ne sont pas très fiables en ce moment et à cet endroit. Ce qu'on sait c'est que ce ne sera pas une sauce légère, lisse et parfumée mais que ce ne sera pas non plus pimenté à outrance. Bisdorionde.

23° 5'N ; 34° 43'W ; 26 Avril, J44 ; Les risques du métier... Yves n'avouera jamais pourquoi la drisse de spi/genaker s'est retrouvée par terre sur le pont. Alors il s'est offert une petite virée contusionnante en haut du mat pour repasser la drisse dans la poulie. Une légende - car c'est certainement une légende - raconte comment un bateau est arrivé au port avec le mari mort, coincé dans les barres de flèche. Raté pour cette fois-ci. Mais on aurait aussi pu attraper le covid à Puerto Williams, on aurait pu glisser de la jupe pendant un besoin ou une ablution, on aurait pu prendre le ciel sur la tête, on aurait pu tomber en panne de pinard ... Comme quoi le pire n'est jamais certain. 970 milles pour les Açores mais les prochains jours vont être bien calmes (et on aura besoin du genaker, voir supra). Bisdorionde.

24° 8'N ; 34° 25'W ; 27 Avril, J45 ; On ne parlera pas de ces dernières 24 heures pendant lesquelles on n'aura parcouru en tirant des bords contre le vent dans une mer clapoteuse que 60 milles sur la route vers les Açores. Alors plutôt voici une photo de l'espadon dont il reste quelques pots de rillettes au frigo et quelques conserves dans les placards. Bisdorionde.

25° 11'N ; 33° 0'W ; 28 Avril, J46 ; Cap au 55 entre 3 et 4 noeuds de vitesse. Horta est à 830 milles au cap 15. ETA (estimated time of arrival) à la Saint Glinglin. Comme cet anticyclone nous pompe l’air (au sens propre et au au sens figuré), on risque de se répéter pas mal pendant la dizaine de jours qui restent. On va donc passer d’un mail quotidien à un mail bihebdomadaire. D’ailleurs comme tout le monde nous répète qu’on est mieux scotché ici que confiné /covidé là-bas , on va peut-être y rester. Bisdorionde.

26° 3'N ; 31° 57'W ; On vire ; Bisdorionde.

26° 22'N ; 32° 10'W ; 29 avril, J47 ; Bisdorionde.

27° 7'N ; 32° 34'W ; Youpi, on fait le bon cap ! ; Bisdorionde

28° 20'N ; 32° 23'W ; 30 Avril, J48 ; Donc aujourd'hui aussi message pour le tout premier cercle uniquement pour dire que tout va bien. Et aussi pour dire que ces dernières 24 heures ont été confortables, plutôt rapides et directes ou presque vers les Açores. Cela faisait 17 jours que cela ne nous était pas arrivé !! Bisdorionde.

30° 17'N ; 32° 23'W ; 1er Mai, J49 ; Coucou nous revoilou. A la mémoire de Janot, à midi nous mangeons une "estofinade" aveyronnaise dont voici sa recette pour deux personnes : Faire cuire trois pommes de terre (bien enlever les germes si cela fait 50 jours qu'elles sont sur un bateau). Faire dessaler et cuire de la morue (ou bien ouvrir un bocal d'espadon au naturel fraichement mis en conserve). Ecraser les unes et émietter l'autre, mélanger avec deux œufs durs coupés en morceaux (si le jaune et le blanc ne se séparent plus, pas d'affolement c'est juste que vous êtes loin d'un poulailler depuis plusieurs semaines). Ajouter deux œufs crus, mélanger, chauffer, saler, poivrer, ailler, persiller (sauf s'il est jauni depuis quelque temps). Verser un " bon peu " d'huile de noix (ou autre sauf 20/40) bouillante... Dégustez, siestez. Il y a deux nœuds de vent aujourd'hui, nous sommes au moteur. Il reste 530 milles, 200 litres de gasoil, 2 molles, 1 aile de mouette et 1/2 journée avec 25 nœuds de SW pour arriver jeudi ou vendredi à Horta. Bisdorionde

32° 16'N ; 31° 33'W ; 2 Mai, J50 ; RAS TVB. En ce moment le vent vient du WNW et nous on fait cap au Nord vers Horta. Oui, mais cet après-midi le vent va tourner et passer progressivement à NW puis N puis NE demain midi. Donc notre route vers le N (à 60° du vent) va s'incurver pour passer au NE puis ENE puis E. Pas terrible pour aller à Horta, hein !? Il sera donc temps de virer et, pendant que le vent continuera de tourner, on fera du WNW puis NW puis N de nouveau. La trace du bateau sur la carte dessine une aile de mouette (avec un peu d'imagination). Au menu, un (excellent) tabloulé qui voyage (en boite) avec nous depuis la Polynésie. Bisdorionde.

33° 29'N ; 30° 23'W ; 3 Mai, J51 ; Aujourd'hui message pour le tout premier cercle uniquement pour dire que tout va bien. Bises

34° 57'N ; 31° 12'W ; 4 Mai, J52 ; Partis de 55° Sud, nous sommes à 35° Nord, c'est à dire que nous avons parcouru 90° de latitude, exactement le quart d'un méridien terrestre, pour nous grosso modo le 35ème. L'antarctique et le Groenland empêche de faire le tour complet sinon, pensez donc, on l'aurait fait. Il reste 250 milles pour Horta, nous sommes au moteur dans la dernière pétole et on espère bien être arrivés avant le vent un peu fort de SW du 7 mai. Bisdorionde.

36° 49'N ; 29° 52'W ; 5 Mai, J53 ou J-1, c'est selon ; Il reste 120 milles et donc c'est notre avant-dernier mail de méridienne atlantique. On a tiré hier nos derniers bords carrés dans un vent du nord chiant et persistant, on en termine maintenant avec la dernière pétole de 24 heures, le SW se lève doucement, on mettra le spi après la sieste pour le reste de l'après-midi, et l'arrivée se fera en trombe juste avant le coup de vent du 7. Heureusement heureusement qu'à Puerto Williams, on a rerempli avec Daniel et François tous les bidons de l'Antarctique, on aura fait presque 200 heures de moteur, c'est vraiment beaucoup. Plus de statistiques demain. En tout cas on est contents d'arriver bientôt. Bisdorionde.

38° 21'N ; 28° 45'W ; 6 Mai, J54 et H-2 ; TERRE !! On arrive à Horta dans 2 heures. 1000 excuses à ceux que l'on a bassiné avec nos mails, 1000 mercis pour les encouragements et la sollicitude. On en termine avec cette traversée de 6500 milles et 53 jours avec 1000 milles à serrer les fesses dans les quarantièmes, 1000 milles bien cool au portant dans l'alizé du SE, 1000 milles bien penchés au près dans l'alizé du NE, 1000 + 1000 milles de vents bien contraires dans les deux anticyclones, 1000 milles de calmes bien plats et 500 milles perdus de vue. Et il restera en Juillet un poil plus que 1000 milles jusqu'à la Bretagne. Bisdorionde.