Où est-on ?

Petit compte-rendu de traversée Fidji - Vanuatu

 C'est à un usage quasi exclusivement familial. Pas de grandes tempêtes à faire frissonner, pas de longs plannings sous spi à faire rêver, pas de calmes  démesurés à faire s'impatienter, rien que quatre jours de traversée pépère en famille. Enfin pépère c'est un peu exagéré.
Voici l'histoire, retranscrite librement depuis le livre de bord.




Samedi 4 Aout, à 8 heures du matin, après une nuit presque câline, sauf que l'ancre couinait quand le bout du corps-mort l'accrochait, sauf que Zoé a réclamé deux fois.
Petit déjeuner sans oeufs au bacon, on met en place l'hydro et nous voilà partis. Ouf, on n'a pas été rattrapé par la patrouille fidjienne, on flippait un peu vu qu'on avait fait la clearance la veille à la marina et qu'on était pas supposé s'arrêter.

On a encore le souvenir cuisant du récif de corail qu'on a labouré avec la dérive il y a une quinzaine de jours et on zigzague prudemment avec huit yeux et trois écrans jusqu'à la passe sud de Malolo. On suit d'ailleurs Okéanos avec qui on avait envisagé de naviguer de conserve.

Cap sur le Vanuatu... sauf que c'est très étendu, le Vanuatu. Alors ce sera Port Résolution au 256 ou Port Vila au 270 ou Luganville au 283. L'objectif ce sera d'être confortable pour cette traversée en famille donc il nous faut 10 noeuds de vent au minimum et 20 au maximum, un poil au delà du vent de travers, sans trop de houle.

Là, Zoé est dans le porte-bébé dans le cockpit et ça va être sa position favorite les jours à venir. Alix est dans le carré avec des livres et ça va être aussi sa position favorite pour les jours à venir.

Là, il est 9h38, on est au 265 mais à 80 ° du vent mais tranquilles. Derrière nous les Fidji sont belles, devant nous la mer est belle. La vie est belle donc, mais l'amarinage ne se fait pas en deux heures ; vivement que ça passe. Alix prend son demi-comprimé bien écrasé au milieu d'un cuillère de Nutella mai pas de stugeron pour Sarah vu qu'on ne sait pas ce que Zoé en récupérerait dans le lait.

14h30, quelques nouvelles. On ne passe pas au-dessous de six noeuds, c'est pafait. On ne passe pas en dessous du 270 , ça c'est moins chouette.

En ce premier jour de mer, sur une échelle de mal de mer de 0 (Xavier) à 10 (Victor), voici les mesures : Zoé est à 9, 9, Alix est à 7. Christine et Yves sont respectivement à 6 et 8 comme d'hab, Aurélien est à 6 et Sarah à 5. Et cette mesure ne changera pas ou peu les trois jours suivants, c'est dommage pour Sarah qui ne pourra pas trop papouiller ses enfants en toute sérénité mais qui assurera l'essentiel.

Fin d'après-midi : Zoé pleurniche dans les bras de Christine, les fesses bien calées (celles de Christine) sur la table du cockpit, Alix dort comme une bienheureuse sur le banc sous le vent, Aurélien lave les couches sur la jupe, Sarah essaye de siester dans le carré et Yves, il écrit dans le livre de bord à la table à cartes.

Comme d’habitude dans le pacifique, les vent est très irrégulier en force et en direction. Pratiquement il faudrait être toujours derrière la barre pour faire des +5 et des-5 à tire-larigot. Et passer son temps à prendre un ris et à le larguer et à rouler/dérouler le génois.
On vient de prendre le deuxième ris, pour le confort, le vent reste en dessous de 20 noeuds.

On a décidé des quarts. Ce sera Christine et Aurélien de 7 à 10, puis Sarah et Yves jusqu'à une heure du mat et on reprend les mêmes dans les six heures qui suivent. Les enfants sont a priori hors quarts quoique...ils se manifesteront probablement pendant la nuit. Finalement Sarah restera de quart pour l'allaitement toutes les nuits de 7 à 7 !

Entre 19 heures et 22 heures, personne sauf Dieu, et peut-être Christine et Aurélien savent ce qu'il s'est passé vu qu'il n'y a rien d'écrit dans le livre de bord.

Dimanche 5 Aout : C'est la canicule en France, pas ici. On supporte facilement sa petite laine pendant le quart et on ne reste pas très très longtemps dehors.

Il est maintenant une heure du mat. Ça pionce (Alix et Zoé) dans la cabine arrière, ça pionce (Sarah et Aurélien) dans le carré, ça pionce (Christine) dans la cabine avant, ça pionce même de temps en temps (Yves) dans la couchette de nav, c'est dire si ça pionce.



Demain sera un autre jour, on espère que Sarah se lèvera hauts les coeurs et sans hauts le coeur. Comme je ne sais plus à quelle heure (22h ? 22h30?) a commencé mon quart, je vais faire au pif en espérant ne voler personne.

De 1h à 4h : Plutôt moins de calme mais le vent est toujours très variable en direction. Pendant un bon moment on n'a pu faire mieux que 280. Y a de la lune mais on ne la voit pas because les nuages.

Plus tard toujours le 5 Aout. Nous sommes par 17°58S et 174°18E, il est 13h30. C'est un peu tard pour une soi-disant méridienne, mais on a été un peu surbookés ce matin entre le vent qui change tout le temps, Zoé qu'il faut changer de temps en temps,  le premier thon (8kg quand même) depuis longtemps, Alix qui veut son biberon à temps et à la bonne température, etc.



Le thon : il aura fallu trois heures entre le moment où Christine a crié "Poisson ! Poisson !" et celui où on a fini la vaisselle. Une fois croché et amené sur la jupe, après 10 minutes de combat acharné, on arrive à le sécuriser à bord avec un boute autour de la queue, finalement assommé après avoir bien arrosé autour de lui avec son sang rouge rouge. Après il faut faire les photos, il faut faire les filets, il faut nettoyer le pont et les pêcheurs, etc etc.


 Mais c'est super, on a une bonne dizaine de pavés de thon, bien emballés sous vide. On le dégustera en sashimi sur le pouce, en rôti mi-cuit pendant une semaine et en rillettes pendant dix jours. Dommage que ce soit aussi rare.

L'arrivée est désormais prévue à Port Vila. On pense qu'on aura plus de choses à découvrir avec Sarah and Co entre Efate, Epi, Malicolo et Ambrym  que du côté de Tanna et Erromango où les mouillages sont rares. On verra qu'on avait raison, la douzaine de mouillages entre Efate et Epi valait le coup.

Lundi 6 Aout : Le vent est monté d'un cran, le bateau bouge nettement plus, les filles sont nettement moins calmes. Orionde cavalcade et caracole, on est monté à 9.3 noeuds, c'est rare.

Petite frayeur la nuit avec les bateaux de pêche qui nous collent un peu trop près avec leur projecteur super puissant. Bien entendu ce sont des chinois, qui monnayent dieu sait comment les droits de pêches des pays comme les Fidji ou le Vanuatu.

Mardi 7 Aout : Dernier jour de mer ? l'aube se lève derrière nous, Efate et Port Vila sont à 90 milles devant. 90 milles, aucune chance de le faire dans la journée mais chance, les livres nous assurent qu'on peut rentrer sans problème de nuit dans la baie et mouiller à côté de la bouée de quarantaine. Faudra bien 8 yeux pour repérer les rares feux dans les lumières de la ville et les nombreuses barges non éclairées et mouillées n'importe où, fait coutumier de ce genre de pays.

Le vent va et vient, on règle le pilote au vent mais l'alarme sonne souvent dehors pour dire qu'on a tourné de plus de 10 degrés et qu'il faut intervenir. Alarme chiante, très aiguë, qui doit irriter les oreilles des ados, que Sarah entend tout de suite, Yves au bout de 5 minutes seulement et Christine jamais.
C'est prévu qu'on aura bientôt (elle arrivera avec Pascale) une télécommande qui sonnera sous l'oreiller.

Mercredi 8 Aout : On mouille à 0h30 devant Port-Vila. 510 milles à vol d'oiseau. 3,69 jours. 5,76 noeuds de moyenne, les décimales sont importantes. Comme (presque) d'habitude, c'est Yves l'optimiste qui avait raison.  Celles (devinez !) qui prévoyaient 24 heures de plus pour soi-disant ne pas être déçues, en sont pour leurs frais.

Au dodo.